L’objection de conscience est-elle un droit ?

Objection de conscienceLe pape François en visite historique aux Etats-Unis s’est finalement exprimé le 28 septembre dernier sur la question épineuse du mariage gay… dans son avion de retour. Certains y verront un acte de lâcheté, ou disons simplement, une volonté de ne pas trop faire de polémique sur ce sujet sensible aux USA, mais également ailleurs.

Le souverain pontife répondait à une question d’un journaliste au sujet d’une fonctionnaire américaine ayant refusé de délivrer des certificats de mariage à des couples homosexuels malgré la décision de la Cour suprême ayant légalisé en juin dernier le mariage gay dans l’ensemble des Etats américains. Son commentaire était le suivant :

L’objection de conscience doit s’intégrer à toute structure judiciaire parce qu’elle est un droit. Si on n’autorise pas autrui à être objecteur de conscience, on le prive d’un droit.

L’objection de conscience est-elle effectivement un droit ?

La réponse n’est pas aisée. D’un côté, cela peut sembler complètement légitime dans des situations graves et moralement discutables, menant à des conséquences irréversibles. Si, dans un régime totalitaire, on vous somme d’assassiner quelqu’un, votre morale pourrait bien vous faire refuser. Et braver ainsi la loi en vigueur. L’objection de conscience peut donc apparaître comme étant, non pas un droit au sens légal du terme, mais un droit humain, universel, qui se justifie par son respect de la condition humaine. En France, il y a ainsi eu des objecteurs de conscience ayant refusé de faire leur service militaire, ou encore de participer à des conflits armés comme la guerre d’Algérie, qui heurtaient leurs convictions personnelles. (Le refus du service militaire est d’ailleurs l’unique cas d’objection de conscience qui ait jamais été retenu par la Cour européenne des droits de l’homme, dans le cas particulier de l’Arménie.)

D’un autre côté, dans le cas du mariage gay, on peut se faire la remarque que s’aimer et vouloir se marier civilement, en simple égalité avec tous les autres couples, est également un droit humain. C’est ainsi que de nombreux pays ont adopté le mariage pour tous, dont les Etats-Unis et la France, rendant ce droit humain légal.

Alors, comment trancher ? Si un(e) élu(e) refusant idéologiquement le mariage gay se retrouve face à un couple homosexuel désireux de s’unir conformément à la loi, quel « droit » prévaut sur l’autre ?

En France, République laïque, la justice a (logiquement) tranché récemment : c’est ainsi qu’une élue marseillaise ayant refusé, par conviction religieuse, de marier un couple de femmes a été condamnée à cinq mois de prison avec sursis.

Le mariage gay n’empiète pas sur la liberté d’autrui, et crée au contraire un même niveau de liberté pour tous. En France, le refus de marier un couple de femmes est ainsi une discrimination illégale, et va à l’encontre du principe républicain d’égalité. N’en déplaise à l’élue marseillaise, ses convictions religieuses personnelles ne prévalent pas sur les valeurs de la République.

Oui, pape François, l’objection de conscience peut être légitime dans certains cas, mais mon avis est que non, on ne peut pas la revendiquer pour tout et n’importe quoi. Surtout lorsque cela va à l’encontre du respect de l’être humain, et que cela sert de prétexte à exclure son prochain.

L’adoption par de plus en plus de nations de lois votant le mariage pour tous, dans une volonté de refus de la discrimination, est un bel exemple de cette pensée classique de Pascal sur la force et la justice :

Et ainsi, ne pouvant faire que ce qui est juste fût fort, on a fait que ce qui est fort fût juste.


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